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Né dans la même ville et la même année que le poète et
écrivain Blaise Cendrars, et huit années avant la grande
romancière Monique Saint-Hélier, Charles-Edouard Jeanneret,
qui deviendra Le Corbusier à partir de 1917 lorsqu'il s'installera
définitivement à Paris, passa les trente premières années
de sa vie dans sa ville natale.
Son père, Georges-Edouard Jeanneret, qui fut un des fondateurs
du Club alpin, était émailleur de cadrans de montres et
sa mère pianiste. Charles-Edouard vécut ses premières années
dans un milieu ouvert à l'art et amoureux de la nature.
Il suivit les cours de l'Ecole d'art de La Chaux-de-Fonds
où il eut la chance de bénéficier de l'enseignement du peintre
et sculpteur Charles L'Eplattenier (le maître) qui perçut
les dispositions exceptionnelles de son élève. Imprégné
des mouvements d'art et des tendances esthétiques de l'époque,
L'Eplattenier avait crée le " Cours supérieur " où il initiait
ses élèves les plus doués à l'architecture, à l'aménagement
intérieur, à la décoration et leur donnait une solide base
artistique. Le premier, il encouragea son jeune élève à
être architecte. Il lui confia, en 1905 déjà, la construction
d'une villa (Villa Fallet ) pour une personne de la Commission
de l'Ecole d'art, Louis Fallet. Ce sera la première réalisation
du futur Le Corbusier à laquelle seront associés d'autres
élèves de l'Ecole d'art et qui marquera la quintessence
de l'enseignement reçu.
A partir de 1907, Charles-Edouard Jeanneret entreprend
une série de voyages et de séjours à l'étranger qui seront
autant d'étapes formatrices marquant sa carrière future.
Ainsi le voyage en Italie dans les environs de Florence
où il découvre la Chartreuse de Parme qui restera pour lui
un idéal de vie communautaire alliée à une vie individuelle
protégée et en contact avec la nature. Les séjours dans
les ateliers de grands architectes, à Paris chez Auguste
Perret (1908-1909), en Allemagne chez Peter Behrens (1910-1911)
seront également riches d'enseignements. L'Allemagne le
conforte avec les problèmes de l'architecture industrielle
qui est une thématique importante de sa future carrière.
Il en rapporte d'ailleurs une étude demandée par l'Ecole
d'art sur le mouvement d'art décoratif, c'est à dire sur
les "méthodes d'enseignement, le dessin, la fabrication
et la vente des produits d'art".
Il entame, en 1911, le voyage initiatique le plus important
de sa jeunesse dont il se référera toute sa vie : Le voyage
d'Orient. De mai à décembre, accompagné d'un ami rencontré
en Allemagne, Auguste Klipstein, ils voyagent ensemble,
sac au dos, via Vienne, Prague , les Balkans , le Proche Orient,
la Turquie , la Grèce et l'Italie. Pendant ce voyage, Charles-Edouard
Jeanneret photographie, dessine, écrit. Il tiendra d'ailleurs
une série de chroniques régulières dans La Feuille d'avis
de la Chaux-de-Fonds, qui seront annotées et complétées
par ses soins ultérieurement pour être publiées sous le
titre Le Voyage d'Orient.
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De retour, il mettra tout en œuvre pour essayer de pratiquer
son idéal architectural et transmettre par son enseignement
(il est maintenant lui-même professeur à l'Ecole d'art)
qu'il a acquis au cours de ces années d'observation et d'autoformation.
Plusieurs de ses constructions, en particulier la Villa
Schwob ou Villa Turque, la Villa Jeanneret-Perret ou Maison Blanche (villa
construite pour ses parents) la Villa Favre-Jacot au Locle, portent
incontestablement la marque profonde des expériences et
des découvertes accumulées au cours de ses voyages.
Si ces années chaux-de-fonnières sont très riches en activités,
il les met d'ailleurs à profit pour écrire, pour enseigner,
pour développer de nouveaux projets, souvent non réalisés,
pour créer des aménagements intérieurs, décoration, mobilier,
elles seront également synonymes de revers ; échec de la
Nouvelle Section créée à l'Ecole d'art pour en renouveler
l'enseignement, procès à propos de la construction de la
Villa Schwob.
"Mes goûts sont latins … je vais à Paris" écrira-t-il
en 1908 déjà à son maître L'Eplattenier. Mu par des ambitions
qui n'auraient certainement pas pu trouver l'enracinement
nécessaire dans les Montagnes neuchâteloises pour être finalisées,
Jeanneret se tourne naturellement du côté de la France.
Il comprend que ce pays répondra mieux à ses desseins, à
ses champs d'activités, à ses aspirations. Ses préoccupations
sont ailleurs, déjà elles le conduisent à repenser, à imaginer
l'habitat social qui pourrait répondre aux destructions
massives de la Grande Guerre. En novembre 1917, Charles-Edouard
Jeanneret s'installe définitivement à Paris pour y devenir
Le Corbusier.
Les documents rassemblés par la Bibliothèque de la Ville
au fil des années permettent aujourd'hui d'illustrer une
période de l'existence de Le Corbusier dont chacun s'accorde
à souligner l'importance et l'influence sur l'activité future
du célèbre architecte. Elle a également réuni une importante
documentation familiale qu'elle a héritée de la succession
du frère de Le Corbusier, le musicien Albert Jeanneret.
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