La Chaux-de-Fonds: armoiries de la Ville et origines de son nom

 

musée d'histoire

 

 

I. Les armoiries de La Chaux-de-Fonds

1. L’ancienne Commune

Jusqu’au début du XIXe siècle, la Commune de La Chaux-de-Fonds ne dispose pas d’armoiries. En 1821, les autorités désignent une commission chargée de combler ce manque. En 1824, divers projets sont livrés et le Conseil adopte celui qui avait la préférence de la commission.

 

1824

   
  L'ancienne commune  

Coupé :

Au 1er d’azur à une étoile d’argent en cœur.
Au 2e d’argent et à la fasce en devise échiquetée de sable et d’argent brochant sur le tout.

Les 11 petits rectangles « sable » représentent les 11 quartiers de la Commune créée en 1656 : le Grand et le Petit Quartier de la Vieille Chaux, la Sombaille, les Bulles, le Valanvron, la Joux-Perret (ou Dernier Moulin), le Bas Monsieur (ou Fontaine Jaillet), les Petites et les Grandes Crosettes, Boinod, les Reprises.

2. La Municipalité

Adoption de nouvelles armoiries et d’une bannière par le Conseil général élu en 1851, suite à la Révolution de 1848.

 

1851

 

1851
L’un des projets non retenus

  Sceau municipal de 1851   Projet de 1851

Article 1er.- Le sceau municipal est : fond argent sur lequel est placée une ruche d’abeilles, reposant sur les onze quartiers du Ressort municipal figurés par onze petits carrés de couleur bleue, la ruche d’or surmontée d’un ciel ou brillent trois étoiles.
Art. 2.- La bannière municipale est composée des trois couleurs de l’Ecu, placées horizontalement et tenant à la hampe par parties égales, le jaune soit or en haut, le blanc au centre et le bleu en bas.

Un rapport au sujet des nouvelles armoiries soumis par le Conseil municipal au Conseil général le 23 décembre 1851 nous renseigne sur quelques-uns des choix opérés :

« Le Conseil Municipal  a jugé convenable d’adopter le blanc, soit argent pour fond de l’Ecu, comme symbole d’une administration nouvelle.
«  Sur ce  fond argent, il a fait placer une ruche d’abeilles pour rappeler notre industrie, il l’a voulue d’or, pour indiquer sa prospérité. […]
«  Le Conseil aurait préféré que les quartiers soient représentés par le vert comme couleur plus naturelle, mais il a cru devoir y renoncer par l’inconvénient de charger le sceau municipal d’une quatrième couleur.
«  La ruche est surmontée d’un Ciel bleu où brillent trois étoiles d’or qui représentent les éléments de la Municipalité, les Neuchâtelois, les Suisses et les Etrangers à la Suisse ».
(Archives communales, D9 a)

Notons que ce document ne donne aucune précision sur le nombre des abeilles qui entoureront la ruche.

3. La Commune de 1888

A cette date, la Commune des ressortissants et la Municipalité fusionnent. On saisit cette occasion pour compléter et préciser les armoiries de La Chaux-de-Fonds.

 

1888

 

vers 1975

  Armoiries de 1888   Armoiries de 1975

L’arrêté du Conseil général de 1888 et le Règlement général de 1975 les décrivent ainsi :

Les armoiries de la Commune de La Chaux-de-Fonds sont tiercées en fasce, savoir :
Au premier d’azur à trois étoiles à cinq rais, rangées, d’argent.
Au second d’argent à la ruche d’abeilles d’or accostée d’abeilles de même.
Et au troisième échiqueté d’azur et d’argent, de sept tires et trois traits.
Cet échiqueté donne onze parties d’azur représentant les onze quartiers historiques de l’ancienne circonscription communale.
L’écu est sommé de la croix fédérale d’argent, rayonnant d’or.

La seule nouveauté est la croix fédérale. On a pris l’habitude de mettre 4 abeilles à gauche et 3 à droite de la ruche. Les couleurs du drapeau de La Chaux-de-Fonds demeurent les mêmes. Elles « tiennent par parties égales à la hampe du drapeau ». En opposition aux armoiries de 1851, on place le bleu en haut, le blanc au milieu et le jaune en bas.

4. La symbolique maçonnique des armoiries de La Chaux-de-Fonds

La symbolique des armoiries de 1851 frappe par ses connotations maçonniques. Il est possible que les francs-maçons qui faisaient partie du Conseil municipal aient eu une influence sur le choix des nouvelles armoiries de la ville. Les archives, tant maçonniques qu’officielles, restent cependant muettes sur les protagonistes de ce choix. La symbolique exprimée par ces armoiries est extrêmement parlante et laisse penser que ce choix aurait pu être délibéré.

  1. Les onze carrés bleus, censés représenter les onze quartiers historiques de la Mairie de 1656, constituent, par leur figuration en damier de carrés bleus et blancs, ce que les francs-maçons appellent le Pavé mosaïque (symbole du monde profane avec ses contradictions) qui figure généralement à l’entrée de la Loge (L’Amitié à La Chaux-de-Fonds).
  2. La ruche entourée d’abeilles est un symbole fort de la franc-maçonnerie et figure sur de nombreux tabliers maçonniques dès la fin du XVIIIe siècle. La ruche représente le Temple maçonnique et les abeilles, les francs-maçons qui l’habitent. La ruche et les abeilles sont généralement associées au travail du Maçon sur lui-même. La symbolique maçonnique ne varie pas, que la ruche soit fermée ou entourée d’abeilles, car fermée ne veut pas dire vide.
  3. Le nombre sept, nombre des abeilles entourant la ruche, a une valeur maçonnique particulière puisqu’il est rattaché au grade de Maître franc-maçon. Il correspond, entre autres, aux degrés de connaissance que ce dernier a dû gravir pour accéder à son statut.
  4. Les trois étoiles d’argent à cinq branches, qui figurent dans la partie supérieure de l’écu sur un fond bleu, symbolisent la voûte céleste, où est censé résider le Grand Architecte de l’Univers, et qui constitue le toit (ciel) de la Loge ou du Temple.

La disposition centrale de la ruche permet de donner à ses armoiries un sens symbolique entièrement maçonnique, faisant de La Chaux-de-Fonds l’équivalent du siège du futur Temple de l’Humanité à l’édification duquel travaillent les francs-maçons.

Ces nouvelles armoiries ne sont pas conformes aux règles de l’héraldique qui stipulent que l’on ne doit pas placer couleur sur couleur, ni métal sur métal (ici or sur argent). Ce non respect des règles était-il une manière de marquer le passage de la société aristocratique à la société républicaine lors de la Révolution de 1848, en reniant les règles de l’ancienne héraldique établies par l’aristocratie ? Une autre manière de marquer cette rupture consistait à matérialiser cette victoire par une ruche, symbole des philosophes du Siècle des Lumières.

Pour les habitants de La Chaux-de-Fonds, la lecture des armoiries pouvait se faire à deux niveaux : le niveau des non-initiés expliqué par l’argumentaire du Conseil municipal de 1851 et le niveau des initiés capables de décrypter ces armoiries à la lumière de leurs connaissances maçonniques.

  La symbolique maçonnique des armoiries de La Chaux-de-Fonds  

Tablier de Maître avec ruche et pavé mosaïque Tablier de Maître avec ruche et pavé mosaïque

 

 

II. Les origines du nom de La Chaux-de-Fonds

1. La première mention du nom

La première mention connue de La Chaux-de-Fonds, Chaz de Fonz, se trouve dans le Rentier de Valangin dit de 1333.Il s’agit d’un document qui énumère les prestations que les sujets doivent à leur seigneur. Ce document n’est pas daté mais il est certainement antérieur à 1358. Durant le siècle qui suit cette première mention, on relève qu’à deux exceptions près, le nom du lieu est toujours orthographié en trois mots distincts, par exemple, Chault de Fond (1378), Chauz de Font (1420), Chaud de Fond (1438).

2. La signification du mot « chaux »

Pour établir l’origine latine de ce terme on proposa successivement calcus (chauve), cavus (creux), casa (maison), clausus (clos), cassima terra (terre très vide), callis (pâturage dans les bois), calma (pâturage élevé).

Depuis l’étude de Louis Gauchat publiée en 1905, les spécialistes s’accordent généralement pour donner au mot « chaux » l’origine latine calmis et le sens de pâturage ou terrain inculte, en raison d’une absence d’eau et d’humus, une étendue couverte d’herbe servant de pacage, jamais labourée parce que trop pierreuse et parfois marécageuse. Les données géologiques locales permettent de soutenir cette affirmation.

Lors de la création de la Mairie de La Chaux-de-Fonds, l’un des quartiers se nomme la Vieille Chaux (subdivisée en grand et petit quartier). Dans le Jura, il existe de nombreuses autres chaux : par exemple, La Chaux-d’Abel et la Chaux-du-Milieu.

3. La signification du mot « fons »

La seconde partie de l’appellation est plus difficile à déchiffrer. S’inspirant du latin fons (la fontaine, la source), la plupart des hypothèses proposées tournent autour de l’eau, indispensable pour la population et le bétail. La Ronde remplissait ce rôle primordial.

Voici quelques-unes des hypothèses avancées :

  • fonds désignerait le fond de la vallée. Une telle solution nécessiterait d’utiliser le terme Chaux du Fonds.
  • l’un des premiers habitants serait originaire de Font, près d’Estavayer (H. Bühler) ou de Fontaines au Val-de-Ruz (A. Piaget). L’histoire du peuplement de la région infirme cette interprétation. Les premiers colons – avant les Loclois et les Sagnards – venaient de Fontainemelon. De plus, le nom de Fontaines tire son origine du bas latin fontana et non fons.
  • le nom dériverait de chaude font, qui suite à une déformation orthographique et à une contamination avec le mot latin calmis, aurait perdu sa graphie originale (C. Nyrop). Cette hypothèse supposerait l’existence d’une source chaude sur le territoire de la commune. On connaissait déjà une bonne fontaine (aux Eplatures) et une froide fontaine située dans le quartier de Dernier Moulin, l’actuelle Joux-Perret. On sait que certaines sources, que l’on appelle parfois des Rondes, ne gèlent pas en hiver car leurs eaux viennent d’une grande profondeur où elles restent tempérées. Durant la saison froide, le contraste entre la température de l’eau et celle de l’air provoquait un voile de vapeur autour d’elles. Ces phénomènes ne permettent pas de parler véritablement d’une source chaude.
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Pour plus de détails sur l’origine du nom de La Chaux-de-Fonds, on se reportera à l’ouvrage de M. Louis-Edouard Roulet, L’établissement de la Mairie de La Chaux-de-Fonds en 1656, La Chaux-de-Fonds, Conseil communal, 1956.

 

 

 © 

Sylviane Musy-Ramseyer,
avec la collaboration de M. Michel Cugnet pour la partie maçonnique,
août 2005


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